Yukinobu Tatsu · traduction française : Sylvain Chollet · édition française Crunchyroll / Kazé, parue le 26 avril 2023.
REVIEW & ANALYSE MANGA · TOME 5
Dandadan — Tome 5
Yukinobu Tatsu · Crunchyroll / Kazé · édition française
Ce tome transforme le retour de Jiji dans sa maison familiale en enquête horrifique à échelle locale. L’idée du lieu contaminé par un secret ancien donne une vraie direction à l’exubérance de la série, et l’arrivée de la famille Kito fait basculer l’épisode du comique vers une violence collective plus tragique. Le volume tient surtout par cette montée de tension et par l’inventivité graphique; ses gags de harcèlement sexuel contre Momo restent cependant un défaut net, traité trop légèrement.
Le tome 5 réussit son virage vers l’horreur domestique : la maison de Jiji, ses talismans et le serpent géant organisent une progression lisible, puis la situation de la famille Kito donne un poids humain au surnaturel. À conseiller pour l’énergie des compositions et le mélange de registres; à prendre avec réserve pour les agressions sexuelles utilisées comme ressort comique.
Après le retour de Jiji, Momo et Okarun se rendent dans sa maison familiale pour comprendre la malédiction qui frappe ses proches. Le décor de la station thermale et la pièce couverte de talismans font du lieu un problème concret à explorer, tandis que la présence de la famille Kito élargit progressivement l’enjeu. La question n’est donc pas seulement de vaincre une entité : il faut comprendre ce que le village a accepté de sacrifier et comment cette dette se transmet.
Non. Le volume conserve l’absurde et le rythme de Dandadan, mais son axe principal devient une enquête horrifique, puis un conflit lié à la communauté locale.
Oui, le retour de Jiji et les liens entre Momo, Okarun et leur entourage prolongent les volumes antérieurs. Le tome 5 n’est pas une entrée autonome idéale.
ANALYSE AVEC SPOILERS
La suite révèle les événements importants du tome 5.Arrêtez-vous ici si vous souhaitez découvrir l’histoire sans connaître ses principaux développements.
La structure du volume est plus efficace lorsqu’elle traite la maison comme une énigme matérielle. Les talismans, la chambre cachée et le récit des événements familiaux donnent aux personnages des indices observables; l’enquête avance par exploration plutôt que par explication abstraite. Cette construction canalise le chaos habituel de la série sans l’effacer : chaque nouvelle découverte transforme le rapport au lieu et rend la menace plus difficile à isoler.
Le basculement vers la famille Kito déplace ensuite l’horreur. Le grand serpent et le rituel ne sont pas de simples monstres à vaincre : ils prolongent un arrangement collectif où des générations ont été sacrifiées pour préserver un ordre local. L’arc donne ainsi une cause humaine à la monstruosité. Sa force vient de cette responsabilité distribuée; sa limite est le peu d’espace accordé à certaines victimes avant que le rythme ne relance l’action.
Les critiques du volume relèvent l’énergie des poses, des accélérations et des changements d’échelle. Ici, cette mobilité a une fonction : elle rend la maison instable, fait alterner observation, gag et danger, puis donne au serpent une présence qui déborde les scènes ordinaires. Ce contraste porte le virage horrifique mieux qu’une exposition prolongée. Le volume garde pourtant quelques ruptures comiques qui diminuent la tension au moment où l’arc demande de prendre ses victimes au sérieux.
Les scènes où Momo subit des gestes sexuels non consentis, notamment dans le contexte des bains, sont cadrées comme des incidents comiques. Le problème n’est pas qu’un récit montre une agression, mais que la réaction et la mise en scène peuvent en neutraliser la gravité pour produire un gag. Cette répétition fragilise le contrat de lecture : l’autonomie de Momo est souvent centrale dans l’action, mais le récit ne traite pas toujours les atteintes à son corps avec la même attention. C’est une réserve importante, distincte du goût personnel pour l’humour outrancier.
Le tome 5 est une étape convaincante parce qu’il relie l’étrangeté visuelle à une enquête et à un conflit collectif. La maison fournit un espace lisible, les indices construisent la progression, et le serpent fait converger le folklore et la violence sociale. En contrepartie, certaines victimes restent des instruments de rythme et les gags de harcèlement envers Momo sont difficiles à défendre. Le volume plaira aux lecteurs qui veulent une montée horrifique plus structurée; ceux que ces ressorts comiques rebutent retrouveront ici une limite déjà présente dans la série.
Les box Manga proposées ci-dessous sont des sélections aléatoires : leur contenu ne garantit ni Dandadan ni un tome précis.